Hier, je me suis installée pour lire sur la place, au milieu du village sur le muret, "MON" muret.
Petite, je me mettais debout sur ce muret et sautais. De plus en plus haut, de plus en plus loin.
Petite, je distribuais aux (rares) passants des "prospectus" : des images que j'avais dessinées, des pages de magazines déchirées.
Petite, je lisais, là, tout haut, tout bas.
Ce muret est juste au-dessus de la rigole où petite, déjà, les pieds dans l'eau, déjà, je faisais des barrages en chantant "Ma petite est comme l'eau, elle est comme l'eau viv.." et oui ! Déjà
!
Ado, ce sont des brochettes de jeunes que j'ai photographiées sur ce muret !
Plus récemment, une tribu de frères et soeurs qui venaient fêter l'anniversaire de ma mère.
Et toujours ce muret.
Hier, alors que je lisais, un couple de passants s'adresse à moi.
"Nous sommes à la recherche des souvenirs de mon mari".
Des gens âgés.
Comment pouvais-je les aider ? Avec un fort accent et un français superbe, la dame continue :
"Mon mari est venu ici il y a 30 ans, il est cousin de la famille du chateau, vous savez la maison en angle, et nous sommes déçus car nous ne retrouvons pas ses souvenirs, nous avons interrogé une
dame assise un peu plus haut, mais elle ne se souvient pas."
Là, j'étais très embêtée de voir ces gens déçus. En parallèle, je pensais à la mission que j'avais confiée il y a quelques temps sur mon blog (
Passe à ton voisin ! ) et craignais d'avoir moi aussi ce genre de déception le jour où, peut-être, m'arriveraient ces
photos.
Je discute un peu avec eux pour en savoir plus puis réalise que l'office de tourisme est en ce moment tenu par Mireille, native du village, un peu plus âgée que moi, fille de l'ancienne épicière et
qu'ils ne pouvaient pas mieux tomber je pense qu'en s'adressant à elle.
Je les y accompagne et m'éclipse.
La suite ?
Mireille a fait disparaître toute la déception que j'avais vu s'afficher sur leurs visages. Elle connaissait l'oncle du Monsieur, elle connaissait même la maison pour y avoir travaillé. Il ne
s'agissait pas d'un chateau mais de la maison de Monsieur Du Chateau, célèbre architecte, une maison pleine d'outils, une maison à histoire, celle de personnes ayant aidé de jeunes polonais pendant
la guerre, et dont le Monsieur que j'avais en face de moi était un descendant. Une histoire, riche et belle, que Mireille a pris plaisir à me relater plus tard.
Quand elle a évoqué les outils, le Monsieur, neveu de Du Chateau, lui a appris qu'ils étaient tous dans un musée en Pologne, consacré à Monsieur Du Chateau, bienfaiteur.
J'ai vu hier naître des sourires issus de souvenirs, les leurs, ceux de Mireille aussi, ceux de ma mère a qui j'ai raconté l'histoire et qui connaissait les Du Chateau.
Et ce matin, surprise !
Un mail d'Arabrab intitulé "ca y est !! les voici ! ;-)"
A mon tour de faire un saut dans le passé, les souvenirs, et je te rassure Arabrab, aucune déception ne point.. La grande maison s'appelle désormais "Le chateau" (tiens, c'est drôle, je suis
poursuivie par les châteaux on dirait !), elle est toujours aussi belle, peut-être même plus belle (avec plus de moyens, forcément !).
Elle est face à un collège (il n'y était pas à l'époque). Martin Luther King, présage de paix dans cette ville devenue tumultueuse.

Merci Arabrab, un grand
merci à toi !